dimanche 8 juin 2008

Weekend à l’Eden Camp

Bien le bonjour à tous,
Vous l’aurez surement remarqué, à la télé, dans les journaux, on parle souvent de la steppe mongole, rarement de la beauté d’Oulan-Bator. Et pour cause, Oulan-Bator, bien que j’aime énormément, est très limité en termes de tourisme et de loisirs. Ayant déjà visité les quatre ou cinq monuments dignes d’intérêt et connaissant par cœur les trois boites de nuit fréquentables pour des européens, il nous faut partir du côté de la campagne pour découvrir de nouvelles choses. Avec Lucie, stagiaire à l’ambassade et Claire, stagiaire dans une agence de voyage, nous avons donc décidé de partir pour le weekend du côté de Khognookhan, où l’agence de Claire tient un camp.

Samedi matin, nous nous sommes retrouvés pour partir dans cette douce contrée au nom rigolo. Petite explication : Khognookhan (prononcez à peu près Khogun Khan et encore, vous serez loin du compte, je perds peu à peu mes illusions quant à mes capacités à parler un jour le mongol) est une réserve naturelle à 300km à l’Ouest d’UB, il s’agit d’une fracture granitique, comprenez un gros caillou qui sort de nulle part au milieu des plaines.
Nous nous élançons donc tous les trois, en compagnie de Miga, le chauffeur à l’assaut de ces 300km. 300km ? Ce n’est rien, me direz-vous. Je le pensais aussi, sauf que les mongols n’ont pas tout à fait conscience de ce qu’est une autoroute. Alors que nous roulons sur un des plus grands axes de la Mongolie (la route entre UB et Karakorum), nous constatons avec effroi que la route n’est en fait pas terminée et qu’il nous faut suivre les espèces de pistes qui longent plus ou moins la route, voire rouler au milieu de la steppe un peu au hasard. Il nous a donc fallu quelques 6h30 chahutés dans tous les sens pour arriver. Alors que ce trajet aurait pu être un calvaire, nous devons notre salut à Miga, le chauffeur blagueur qui durant les 6 heures de routes, nous a gratifié d’un cours de mongols (maintenant, on sait dire tous les animaux en mongols, vautours, moutons, gerbilles, grues, vaches ou même les porcs, qui pourtant sont rares en ce beau pays) et de moult chansons.
Après 6h30 de route donc, après nous être trompé de route, le dos un peu en compte, nous arrivons à l’Eden Camp, charmant camp de tipis niché au creux d’un des nombreux cirques formé par les montagnes. Si vous avez un minimum de jugeote, vous vous demandez pourquoi ces gens sont allés monter des tipis au milieu de la steppe, et pas des yourtes comme tout le monde. Et bien nous nous sommes également posé la question et deux explications demeurent, toutes deux n’étant que moyennement satisfaisante. 1 : une tribu mongole, les Tsaatans, habite effectivement dans des tipis, mais ils n’habitent pas du tout dans cette région. 2 : c’est juste pour changer des 1000 camps de yourtes.

Bien qu’un peu perturbant sur le plan intellectuel comme vous l’avez vu, le camp est bien confortable, les tipis sont drôlement chouettes et la terrasse « à la balinaise » est très agréable quand les rayons du soleil daignent faire leur apparition. Après un bon déjeuner et nous être installé dans notre tipi, nous partons pour une petite promenade en compagnie de Sylvain, le patron de la fameuse agence de voyage.

Nous partons visiter un petit temple situé dans le cirque voisin. Nous contournons donc paisiblement la montagne, dans un paysage un peu désertique, croisons quelques ovoo (si vous êtes sages, je vous expliquerai ce qu’est un ovoo) et Claire en profite pour nous raconter la légende associée au temple que nous nous apprêtons à visiter : Il y a environ longtemps, Zanabazar, un mec un peu magique qui était philosophe, sculpteur et accessoirement Bogd Khan (l’équivalent mongol du pape), en conflit avec le Khan de l’époque, était venu se cacher dans ce temple. Trop vener, le Khan enfourcha son cheval et galopa jusqu’au monastère où, ne trouvant pas le vil Zanabazar, il fit agenouiller tous les moines et leur coupa la tête un à un. D’où le nom Khognookhan ! Mes connaissances en mongol ne me permettent pas le moins du monde de comprendre le lien étymologique, donc je fais confiance.
Après une petite marche, nous arrivons enfin au fond du cirque voisin, où siège le fameux temple. Après un petit incident (le chien de Sylvain étant rentré dans le temple, on a failli se faire tuer par la famille de nomade qui habite là…), nous visitons le temple flambant neuf. En effet, il sent fort la peinture, une des pièces a même été complètement vidée de ses meubles pour le repeindre. Mais bon, le cadre est joli, les objets restant sont jolis (bien qu’un peu kitsch), c’est top.

Il est alors temps de rentrer. Inspirés, nous décidons de changer de route pour le retour et de gravir la montagne qui nous sépare du camp, plutôt que de la contourner. Arrivés au sommet, la vue est à couper le souffle : le temple d’un côté, le camp de l’autre, les montagnes derrière nous et devant, la steppe à perte de vue : un paysage à moitié lunaire, des plaines, des dunes, des montagnes et ca et là, des yourtes perdues au milieu de ce paysage apocalyptique. On profite, on souffle un peu et hop ! On essaye de descendre. Et là, c’est le drame. L’autre versant est beaucoup plus raide. Du coup, on souffre un peu pour descendre, on s’en sort avec les mains un peu pourries, on arrive avec les jambes un peu lourdes mais on arrive.
Et là, petit instant de surréalisme, nous nous installons confortablement sur la terrasse et Amuka, la copine de Sylvain, arrive avec des pastis pour tout le monde. Petit détail : Sylvain vient de recevoir un container de nourriture de France et un des objectifs du weekend était de gouter les différents plats (et vins) arrivés. Après un fort bon repas donc, nous discutons tous les 6 (Lucie, Claire, Sylvain, Amuka, le chauffeur et moi), parlons des mariages mongols, apprenons que les Kazakhs ont pour habitude de tous se casser la gueule lors des mariages, sinon, le mariage ne sera pas solide. Au bout d’un certain temps, la nuit tombe (une des phrases les plus inutiles du monde) et il commence à faire un peu froid. Nous nous replions alors sous le tipi et quelques instants plus tard, Amuka nous rejoint avec le remède mongol contre le froid : une bouteille de vodka (Chinggis bien sur). Et nous voila parti pour une partie de Moujik (un jeu de cartes) endiablée, arrosée de moult shots de vodka. Puis voici venu le temps d’aller se coucher.

La nuit est malheureusement de courte durée : dès 8h, Amuka nous tire du lit, les chevaux vont arriver. Un petit déjeuner royal (Nutella, crêpes, miel et Cie) et nous voyons effectivement arriver un nomade avec ses chevaux. Première tentative, nous décidons de partir vers l’Ouest (je crois) pour aller voir les dunes du Mongol Els (un petit champ de dunes posées au milieu de la steppe). Mais si Claire et Sylvain gèrent le cheval, Lucie et moi sommes beaucoup moins confiants (ma dernière expérience hippique, il y a fort longtemps, n’ayant pas été un franc succès). Le nomade saisit vite qu’on ne maitrise pas totalement la chose et nous partons au pas, tenus par la longe. La promenade est plaisante, les paysages toujours aussi surréalistes (toujours un peu désert mis à part quelques touffes d’herbes), mes fesses sont un peu talées (les selles mongoles consistent en une planche, décorée soit mais dépourvue de coussin et donc peu confortable). Après un certain temps, notre guide s’inquiète, on n’a pas vu Claire et Sylvain depuis un bail. Notre guide nous confie à un éleveur qui ramène son troupeau en direction du camp.
Nous rentrons paisiblement quand un second instant de surréalisme survient : nous sommes perdus au milieu de la steppe, à cheval, promenés par un éleveur en tenue traditionnelle quand soudain, nous entendons un vague « Biip biip » et hop ! Notre nomade sort son portable, envoie un texto et reprend la route…
Peu à peu, on s’enhardit et avec Lucie, nous demandons à notre guide de lâcher la longe et essayons de rentrer par nous-mêmes. Et là, difficulté de la communication, notre guide nous sourit, garde les rennes et part au petit trot (très petit trot à vrai dire, mais déjà un peu trop pour nous).

Après une petite pause, Claire veut repartir. Un peu hésitant, mes jambes ayant déjà du mal à se remettre de la première balade, je me laisse finalement tenter on nous repartons de l’autre côté, pour voir un rocher sur lequel on peut faire de l’escalade (Mythe ou réalité, je ne le saurai pas, puisqu’on n’a finalement pas trouvé le rocher). Après moult gesticulations, j’arrive à faire comprendre à l’eleveur qu’il peut me lâcher, que j’aimerai bien essayer de gambader un peu libre. Les paysages sont une fois encore magnifiques : les steppes, les montagnes, nous croisons un rocher qui doit être un peu sacré puisque recouvert de khadag, des sortes de foulards sacrés que les bouddhistes attanchent aux endroits qu’ils aiment/respectent, je n’ai pas compris dans le détail, des ossements gisent un peu partout, abandonnés par les vautours, quelques troupeaux… Je fais peu à peu des progrès et je finis même par galoper tel Genghis dans la steppe (la réalité n’est pas si glorieuse que ca, c’est en fait l’eleveur qui m’a fait une petite blague et qui a fait partir mon cheval au galop…) (Mais j’ai tenu).

Après deux heures de promenade, j’en ai plein les yeux, j’ai les cuisses en feu, mes jambes ont du mal à me porter, mais je suis ravi. Un dernier déjeuner, une petite sieste et hop, nous repartons pour 6h30 de voiture, toujours aussi chahutés, dans la nuit cette fois.
Voila, ce fut un chouette week end, le retour dans la pollution d’UB ne faisait que moyennement plaisir. Mais bien d’autres petites escapades sont en préparation…
Bises

1 commentaire:

Thomas a dit…

Toujours aussi plaisant de te lire mec !
A bientôt ! On montera des yourtes à HEC !