lundi 19 juillet 2010

Churo ou la fin du monde

Bon, il est temps de l’admettre, je suis nul. Déja plus de 3 mois ici et 2 demi-posts, je ne suis pas tres performant. Il est temps de prendre des mesures. Je me donne donc un bon coup de pied au cul (et prend une pause entre un budget et un rapport) je vais vous parler d’un endroit magique, mysterieux et donc vous n’entendrez vraisemblablement jamais parler (a part sur ce blog) : Churo.

Churo est une charmante bourgade a 370km (soit 6 a 8h de route) de Nairobi (environ), au coeur de l’East Pokot, pas loin du lac Baringo. Il parait qu’il y a quelques 30 000 habitants mais j’en doute. A vrai dire, c’est une veritable intrigue depuis mon arrivee en Afrique, pourquoi toutes les « villes » que je visite sont sensees abriter des milliers d’habitants alors qu’on y voit que 4 maisons dont un restaurant. Je veux bien croire que bon nombre de leurs habitants se cachent dans les fourres pour chasser de feroces animaux et faire paitre leurs betes mais vraiment, je doute. Je m’egare, une fois de plus.
Pour ceux que ca interesse, le Pokot est un district a l’Ouest du Kenya, entre la vallée du Rift et l’Ouganda, aux doux paysages collineux ou vivent les Pokots, un peuple de pastoralistes pas si pacifiques que ca, comme vous pourrez le constater dans la suite de ce post, si je l’écris un jour.
Soyons francs, vous vous foutez royalement de toutes ces informations aussi utiles et interessantes que ... (je ne trouve pas d’equivalent, je vous laisse completer)

Mais pourquoi vous parle-je de Churo ?????
Tout simplement parce que c’est cette ville qu’ACTED a choisi pour mener ces programmes. Pourquoi donc ? Parce que les Pokot sont pauvres, ils n’ont pas d’acces a l’eau potable, ils ne vont pas a l’ecole, tout ca tout ca, mais surtout parce que c’est une des rares regions ou il n’y avait pas d’ONG. Parce que globalement, le Kenya est blinde par les ONG. Il y en a partout, plein, pas parce que le Kenya est particulierement dans la mouise, je crois que c’est surtout parce que c’est un pays agreable (compare au Soudan, l’Afghanistan et les autres spots a humanitaires), donc les humanitaires aiment bien etre au Kenya... Je m’egare encore.

Donc les Pokots ont des soucis. Bien sur, ils sont pauvres et tout, mais ca c’est plutot habituel dans cette region du monde. Mais il y a deux particularites :
D’abord, les environs de Churo ont un taux d’acces aux latrines de 0%. Ces charmants personnages font donc leurs besoins dans les buissons, et quand il pleut, ben il y a des excrements partout, notamment dans les lacs, etangs, autour des sources... De meme, comme aucun point d’acces a l’eau n’est amenage, le betail vient egalement faire ses besoins dans les etangs, lacs, et autres sources de la region.
Je vous entends pousser des cris d’effroi (Oh mon Dieu, ils vont attraper des maladies) et bien vous avez raison. Ils attrapent des maladies. Par exemple, les habitants du village de Lorok ont tous une maladie la fluorosis (ou une maladie qui a un nom proche de ca) car, apres avoir marche 28km pour puiser l’eau du lac voisin, ils boivent cette eau qui est trop riche en fluor, leurs os se calcefient (ou un terme du genre), ils ont mal aux articulations mais ils doivent toujours marcher 28km pour boire une eau qui les rendra plus malades encore. Je pense qu’on peut qualifier cette situation de pourrie sans trop s’avancer.
Deuxieme exemple, une epidemie de cholera a eu lieu autour d’Amaya (un village voisin) le mois dernier. Comme vous le savez surement, le cholera est une maladie qui a pour cause un manque d’hygiene, notamment quand on ne se lave pas les mains apres avoir defeque et qu’on met ses doigts dans sa bouche (je crois). Et ben il faut croire qu’ils ont trop mis leurs doigts dans leurs bouches puisqu’une vingtaine de personnes sont mortes et pres de 200 sont tombees malades, et comme il n’y a pas d’hopital dans le coin, c’est jamais tres bon de tomber malade.
Je me trouve relativement abject de parler d’une situation aussi horrible sur un ton si leger mais croyez bien que ca ne me fait pas rire du tout mais 1. c’est mon boulot et je passe mes journees a etre horrifie par la misere du monde donc je me relache un peu et 2. j’essaie de rendre ce blog agreable a lire. Si vous voulez pleurer sur la misere du monde, je n’aurais qu’un conseil : allumez TF1.

Le second probleme qui frappe la region, c’est la frequence des raids. Non, je ne parle pas des sportifs en short moulants qui courent dans la foret entre un descente en rappel et un traversee en canoe (je pense que ca les amuserais, les Pokot, de les voir traverser leurs paisibles forets.
Les raids qui posent probleme ici, ce sont les vols de betail. Ces raids concernent toute la Corne de l’Afrique en fait, qui est majoritairement peuplee de pastoralistes. Comme ils sont un peu en dehors de l’economie classique, leur monnaie a eux, c’est le betail (ils expliquent ca tres bien dans Comprendre la Somalie et le Somaliland mais je ne vous conseille pas de le lire, c’est assez indigeste). Par exemple, si tu as des chevres, tu es mal barre a moins d’en avoir vraiment beaucoup et la encore, ton sort n’est que peu enviable. Si tu as des vaches, ta situation est acceptable voire tres correcte si ton troupeau est bien fourni. Au top de l’echelle sociale se trouve le possesseur de chameaux, qui est un peu l’equivalent du rentier chez nous, a la seule difference qu’il ne voit sa femme que deux fois par an, quand leurs troupeaux se reunissent. Donc ces pastoralistes vivent tranquilles habituellement, sauf que regulierement, la region est touchee par les secheresses, les epidemies ou n’importe quoi, ils perdent leur betail, et la, ils sont bien dans la mouise.
Mais comme ils sont inventifs, ils ont invente les raids. Le principe, c’est qu’ils montent sur leurs chevaux, prennent leurs armes, vont dans le village d’a cote (surtout s’ils ne sont pas de la meme tribu), prennent le betail, tuent eventuellement les villageois qui n’ont pas eu le temps de fuir et ils rentrent chez eux. Deja dans l’absolu, le principe est assez moche. (Comme vous le voyez sur cette photo, les Pokots sont des sauvages). Alors imaginez ce que ca donne dans une region entre la Somalie et le Soudan (donc ou les armes a feu pullulent) ou se croisent Pokot, Turkana et Samburu, trois ethnies voisines donc enemies qui ne sont pas reputees pour faire dans la dentelle. Donc regulierement, il y a des raids et on voit dans les journaux que les gens se font tuer par dizaines assez frequemment.


Par exemple, cette innocente coline a gauche a ete pendant la derniere decenie le champ de bataille prefere des Pokots d’Amaya et des Samburus voisins, il y a eu plusieurs centaines de morts. Chouette non ?
Si vous voulez voir ce que ca donne, il y a une scene de raid dans The Constant Gardener, dont l’action se deroule d’ailleurs au Turkana, la region voisine.

Voila pour l’essentiel. Apres, ce sont des problemes tres classiques : les enfants ne vont pas a l’ecole car ce sont des pastoralistes donc nomades, donc le gouvernement a envoye l’armee pour les envoyer de force a l’ecole, et ils leurs rasent les cheveux pour reconnaitre ceux qui vont a l’ecole. Ce qui est dommage car les Pokot ont des coupes de cheveux trop cools (cf photo).
Et aussi, ils n’ont pas acces aux medicaments, ni pour eux, ni pour leurs animaux, donc ils sont malades (cf l’epidemie de cholera mentionnee plus haut, et pour les animaux c’est le meme shema mais pour d’autres maladies). Et ils n’ont pas assez d’argent pour s’acheter a manger, surtout des legumes donc ils ont une mauvaise hygiene de vie et ils sont plus malades, surtout quand la secheresse frappe et que le prix des aliments augmente, comme ce fut le cas 8 des 10 dernieres annees (foutu rechauffement climatique). Et quand la secheresse cesse et que les pluies reviennent, le sol est tellement sec que c’est la catastrophe : inondations, noyades, cultures devastees, glissements de terrains... Ca gache la fete.
Donc voila pour la situation dans le Pokot. C’est pas brillant.

Heureusement, tel Batman et Robin (sans les capes et les collants), ACTED est arrive dans le coin ! C’etait il n’y pas si longtemps (il y a un an en fait) et depuis, on a fait plein de trucs la bas. Ce qui est bien.

Tout a commence avec un projet de soutien aux pastoralistes pour resister aux secheresses finance par les americains : formations agricoles, distributions d’outils et de semences agricoles, amenagement de points d’eau, lutte contre les glissements de terrain et les inondations, Cash for Work... C’etait un sacrement chouette projet.
Si ca interesse quelqu’un (si ca n’interesse personne, je raconte quand meme parce que j’aime bien et que c’est mon blog), le concept du Cash for Work est assez marrant. En fait, c’est un peu ce qu’on appelle du travail dans les pays developpes sauf que c’est adaptes aux pays pourris dont je suis adepte. En gros, 2 des moults problemes que rencontrent les populations dans ces pays sont le chomage et le manque d’infrastructure. Le principe, c’est de combiner les deux. Par exemple, une ONG arrive dans une region ou les routes sont en piteux etat (si elles existent), elle decide de rehabiliter la route, et au lieu de payer une entreprise qui vient avec ses gros camions, elle emploie des milliers de petits tchadiens pour enlever les cailloux et mettre du sable fraichement issu de la carriere par d’autres petits tchadiens. Si le concepteur du projet est assez malin, les cailloux extraits seront d’ailleurs reutilises par les petits tchadiens pour construire des ponts ou des digues quand la route croise une ruisseau.

Et comme ca tout le monde est content, les petits tchadiens ont une route, peuvent aller vendre leurs fruits/chevres/babioles au marche de la ville a cote et touchent un salaire, l’ONG a construit sa route. Evidemment, la route sera pas aussi qualiteuse que si Bouygues etait venue avec ses gros camions, mais de toute facon personne n’a les moyens de payer Bouygues et puis dans 5 ans, les petits tchadiens recommenceront la route et retoucheront les salaires... (Pour ceux qui n’ont pas saisi, l’exemple precedent est issu de mon experience tchadienne, au Kenya, on fait des latrines, des barrages, des enclos pour les fameux animaux dont je parle depuis le debut de ce post... Par exemple, ces joyeux kenyans sur la photo ont gagne une poignee de shillings en constuisant un fosse qui protegera leurs champs des glissements de terrain)

Il y a aussi un projet des Nations Unies de promotion de l’hygiene : faire la tournee des villages pour expliquer aux villageois que s’ils continuent a faire caca dans les buissons, ils vont chopper le cholera, que s’ils buvaient l’eau des etangs ou ils font leurs besoins, ainsi que leurs betes, ce n’est pas tres sain et en profiter pour leur distribuer des petits trucs pour purifier l’eau. Projet de circonstance et justifie puisqu’en plein milieu, l’epidemie de cholera a commence et ca s’est transforme en reponse d’urgence a l’epidemie. Interessant... (Pour ceux qui s’inquietent pour les petits Pokots, l’epidemie s’est calmee, ils vont bien. Sauf ceux qui sont morts).
On a aussi des projets qui viennent de commencer pour construire des latrines dans les ecoles et pour ameliorer la sante animale dans la region, enfin voila, c’est tres interessant.
Si ca vous interesse, je vous invite a jeter un coup d’oeil la, c’est la page du site internet d’ACTED ou vous retrouverez les articles de mon colocataire gentil mais vraiment etrange a propos des activites d’ACTED dans la region. (La photo ici represente un petit enfant qui n'a rien a voir avec tout ca, mais il faut bien decorer).

Ce post est tres long et tres tres serieux donc je m’arrete la,
Bientot mes dernieres peripeties la bas...

samedi 12 juin 2010

Kisumu, lac Victoria et tout ca - partie 2

Me revoila, je reprends donc mon recit ou je l’avais laisse : nous quittons Kisumu pour nous rendre a Mikai, village dont l’ami Barack est originaire.
Dans un souci de precision historique, je me dois de preciser qu’a ce stade, nous ne sommes plus que 4. Nancy nous a en effet quitte suite au fameux petit dejeuner alcoolise durant lequel Barack a invite un de ses amis (appele Barack egalement, pour l’anecdote) et ou elle a appris que Barack avait fait un enfant a une jeune dame de son village dans son dos... Elle n’etait pas tres contente et plutot que de s’excuser, Barack, un peu saoul, lui a explique qu’elle etait chiante. (Pour la suite de l’histoire, je ne prendrais plus la peine de preciser quand Barack etait saoul car il l’etait globalement tout le temps.)

Nous sommes donc en route pour Mikai, dans la voiture que Barack (l’ami de Barack) nous a prete pour le week end. La nuit tombe, il pleut comme vache qui pisse, on ne voit rien et Boaz conduit de facon etrange. Malgre l’angoisse, on se laisse faire, on traverse de jolis paysages et nous arrivons a Mikai ou nous sommes accueilli par Jacob, l’oncle de Barack et son cousin Mikai.

Jacob nous attendant avec sa femme et des voisins pour diner, ce que nous faisons avec plaisir. Au menu : du poulet (le plat de base quand on a des invites dans la region) et de l’ugali (une pate blanche et visqueuse a base de cereales bouillies, ca n’a pas l’air bon decrit comme ca et ca ne l’est pas plus en vrai). Pendant ce temps la, Jacob nous raconte sa petite vie. Apres 40 ans dans l’armee (je n’ai pas compris son grade, mais vu les 1000 photos qu’il nous a montre, il etait plutot haut place), il a fini par prendre sa retraite dans ce charmant trou du cul du monde qu’est Mikai et vit maintenant tranquille dans sa petite maison avec ses vaches, ses poules et ses champs.
Jacob est un sacre bonhomme et c’est un reel plaisir de l’ecouter, il a visite pleins de pays d’Afrique avec l’armee, notamment le Tchad ou il a appris a dire « comment ca va ? » en francais, ce qui le fait beaucoup rire, il a travaille comme casque bleu, tout ca. Et pendant ce temps la, la moitie du village defile pour nous saluer, le medecin, la voisine, les cousines de Barack...
Apres ce chouette repas, nous remercions nos hotes et passons dans la chambre (cabane plutot) du cousin de Barack, et la soiree se poursuit autour de quelques bieres, on parle du Kenya, de l’Europe, des luos (la « tribu » de Barack, qui habite dans la region et dont est originaire Obama, d’ailleurs la moitie des luos que j’ai rencontre s’appelaient Barack), de la Somalie et des tribus somaliennes qui croient au pouvoir des arbres... C’est un bien belle soiree.


Le lendemain, au petit matin, nous partons visiter le village. Is se trouve que c’est assez vite fait, une rue, une dizaine de maisons... Pour nous divertir, Barack et Boaz vont s’inscrire sur les listes electorales et c’est assez divertissant : on arrive, on donne sa carte d’identite et on vous donne un petit bout de papier, on note votre nom sur un autre bout de papier. En cinq minutes, ca aide a comprendre pourquoi chaque election pose des problemes en Afrique.
Mikai n’ayant pas beaucoup plus d’interet, nous partons ensuite faire un tour dans les environs. On traverse Oyugis et une bonne dizaines de petites villes sans interet, si ce n’est que Barack a une quinzaine de cousins a chaque fois. Boaz et Barack conduisent chacun leur tour, dans une sorte de concours pour savoir qui conduit le plus mal, on a un peu la petoche mais bon, des toute facon, on va pas rester a Oyugis...


Apres 3 ou 4h de balade, nous arrivons a Homa Bay, charmant petit port de peche sur le lac, ou nous installons pour deguster du poisson grille fraichement peche dans un magnifique jardin ou j’ai pris cette fameuse photo de fausse girafe en bois.
Nous sortons de ce restaurant vers 16h, il est temps de rentrer, le temps de regagner Kisumu, prendre un bus et rentrer a Nairobi. Mais c’etait sans compter sur Barack qui est evidemment ressorti completement saoul du restaurant et insiste pour rendre visite a la famille de sa femme (pas forcement une chouette idee) et qu’il en a pour 20 minutes.
Manque de chance, apres une heure d’une conduite effrayante sur des routes qui ne le sont pas moins, il nous avoue qu’il ne sait pas trop ou ses parents habitent. On s’engueule un peu, on cherche encore, on manque d’ecraser 4 ou 5 personnes, on trouve finalement la maison des parents de Nancy qui nous accueillent chaleureusement, mais qui etonnemment sont moins contents de voir Barack. Il se fait engueuler pendant une bonne heure pendant qu’on regarde les champs autour, c’est joli, il y a un arc-en-ciel mais on s’ennuie un peu et le temps passe. Il est bientot 19h et ca fait 2h qu’on devrait etre dans le bus pour Nairobi...

Il finit quand meme par s’echapper et nous repartons, on decide finalement de prendre le bus a Kisi (une autre ville dans le coin), ce sera plus rapide. Plus rapide peut etre, mais les africains ayant une notion du temps un peu particuliere, on arrive la bas vers 22h, il n’y que peu de bus pour Nairobi et tous nous demandent d’attendre une heure avant qu’on parte, on est fatigues, on engueule tous un peu barack pour faire passer le temps, Barack nous explique qu’il veut arreter de boire, Boaz nous raconte 2-3 anecdotes de son passe paramilitaire, ce n’est qu’a moitie drole, je commence a perdre patience quand le bus se decide a partir.
6h de routes un peu chaotiques plus tard, a 20 dans un bus pour 12, avec la musique a fond, on arrive a Nairobi, je suis fatigue et dans 4h, on doit etre au bureau mais c’etait un chouette week end.

Si vous voulez voir toutes les photos, elles sont la...

dimanche 6 juin 2010

Kisumu, le Lac Victoria et tout ca - Partie 1

Au debut du mois de mai, dans de nombreux pays, c’est la fete du travail. Bon nombre d’entre vous ne s’en sont surement pas rendu compte puisque trop occupes a faire la grasse matinee en ce samedi matin. Et bien moi si, puisque les kenyans (peut etre meme les africains en general, ils faisaient la meme chose au Tchad) ont une douce habitude : quand un jour ferie tombe pendant le week end, on decrete le lundi ferie parce qu’il faut pas deconner.
Alors que nous cherchions comment nous occupper pendant ce week end a faire palir n’importe quel CGTiste, mon collegue Barack est venu nous trouver, Nick (mon colocataire) et moi, pour nous proposer de venir avec lui passer le week end au Lac Victoria, puisqu’il devait s’y rendre pour voir sa famille. « Chic chic chic », me dis-je et samedi matin, nous voila partis pour decouvrir le lac Victoria.

Samedi matin, 6h30, mon reveil retentit, il est beaucoup trop tot mais je me fais violence, il parait que l’avenir appartient a ceux qui se levent tot et de toute facon, Barack passe nous prendre a 7h.
10h, Barack arrive. Pas de chance, il s’est pris une cuite la veille, il s’est pas reveille. Mais pour compenser, il a emmene toute sa petite famille : son cousin Boaz et sa femme Nancy. Nous partons donc en direction de la gare routiere mais arrives la bas, nous realisons que les bus sont deja partis. On engueule un peu Barack. Mais ce brave garcon a plus d’un tour dans son sac (ce n’est pas pour rien qu’un president des Etats Unis a decide de s’appeler comme lui) et nous prenons un bus pour Nakuru. (Si par hasard quelqu’un ne sait pas ou est Nakuru, je sais juste que c’est environ entre Nairobi et le lac Victoria).

Et la, c’est le drame. Une fois encore, tous les bus ont deja quitte Nakuru et la gare routiere est deserte. Apres une pause pipi dans un cafe (qui a dure 45 minutes puisque la femme de Barack s’est perdue entre les toilettes et le bar) (je vous entends rire, mais pour sa decharge, c’etait vraiment complique, j’ai moi-meme passe 20 minutes a les chercher...), nous partons en quete d’un nouveau bus. Une seconde gare routiere, le centre ville (assez vite traverse), deux trois coins assez moches, Boaz et Barack cherchent des bus partout pendant que Nick et moi sommes encercles par une foule hurlant « eh le blanc, achete des bananes » (du moins, c’est ce que je crois comprendre puisqu’ils parlent swahili mais agitent des bananes). Finalement, on trouve un bus, on part, on roule, on traverse la vallee du Rift qui est tres jolie et qui donne envie de devenir fermier dans la vallee du Rift et finalement, on arrive. Il est 17h, on etait senses arriver vers midi, mais bon, c’est l’Afrique...

Et une fois de plus, Barack nous demontre qu’il est philosophe : « Bon, il est trop tard pour faire quoi que ce soit, on va boire des bieres, de toute facon, Kisumu, c’est nul, il y a rien a faire ». Brillant... On s’execute, on boit des bieres, Barack (a droite sur la photo) est completement saoul apres 2 bieres, Boaz (a gauche) insiste pour qu’on aille dans un bar a putes, Nick est extatique car il a trouve un restaurant vegetarien, Boaz nous raconte sa vie (il etait paramilitaire et nous raconte comment il devait torutrer les gens pendant les violences electorales de 2008), on decide de ne plus le contrarier, on va au bar a putes mais elles ne sont pas au gout de Boaz, c’est nul, on rentre a l’hotel.

Le lendemain, apres une courte nuit dans cet hotel qui a la bonne idee de se trouver entre 4 bars differents et un petit dejeuner etrange, nous partons a la decouvetre de Kisumu. En effet, c’est une ville charmante mais sans interet majeur. Seul trait notoire, il y a beaucoup d’indiens puisque les anglais les avaient importes dans les annees 20 pour construire la ligne de chemin de fer Mombasa – Kampala, et ils se sont installes la apres que l’Ouganda les aient mis dehors sous je ne sais quel dictateur.

On fait quand meme notre petit tour au bord du lac, on se mouille les pieds pour la forme, personne ne se baigne et on ne voudrait pas faire tache. Barack nous propose d’aller voir un parc naturel. Nous sommes tres content, jusqu’a se qu’on decouvre qu’il s’agit d’un zoo miteux avec 3 singes et un lion mourant dans des cages miteuses mais heureusement assez solides. On se promene, on regarde les animaux, on regarde le lac qui est assez joli, on perd barack (precision : Barack etait a ce moment la completement saoul puisqu’il avait l’idee assez cocasse d’acheter une bouteille de brandy pour le petit dejeuner), on retrouve Barack qui s’etait incruste a l’anniversaire d’un enfant de 8 ans dans un hotel a cote et on decide de partir.

Apres quelques courses, nous prenons la route pour la village des parents de Barack pour passer la nuit la bas, mais ceci fera l’objet d’un autre recit. Ce post est deja bien assez long et je vous raconterai donc ce fameux week end en 2 fois.
D’ici la, j’essaierai de retrouver le nom de ce fameux village et je vous souhaite une bonne journee.

samedi 29 mai 2010

Faux depart

Alors j'avais promis de donner des nouvelles, c'est un peu rate...

Pour ma decharge, 2 bonnes raisons :

1. J'ai encore bosse comme un fou cette semaine, a preparer des budgets pour construire des latrines, des puits et expliquer aux gens que s'ils continuent de faire caca n'importe ou, ils vont tous mourir du cholera.

2. Pour lutter contre les prejuges, je suis tombe malade. Et non, en Afrique, il ne fait pas tout le temps tres chaud. A Nairobi, il fait meme assez frais a l'approche de l'hiver (entre 15 et 20 degres). Donc je me suis tape un vieux rhume des familles qui m'a enormement rapproche de mon lit.


Mais promis je vais me rattrapper.

Pour vous faire patienter, j'ai enfin charge mes photos du Tchad, si ca interesse quelqu'un :

Bahai et le camp de refugies du Darfour

Gore, petit village tranquille du Sud

Goz Beida, un des coins les plus dangereux du Tchad donc j'y suis pas reste longtemps et j'ai du prendre les photos de la voiture donc elles sont floues

Et notre petite escapade au Cameroun pour voir les elephants


Et pour les fans de geographie, une petite carte pour decouvrir ou se trouvent tous ces endroits fabuleux !!!

dimanche 23 mai 2010

Le gogol reprend du service

Salut a tous !

Un constat terrible s'impose a moi... Apres quasiment deux mois passes au Kenya, je n'ai pas franchement donne beaucoup de nouvelles, voire pas du tout. Ne pouvant plus supporter le poids de cette culpabilite, je me prends en main, en ce doux dimanche soir et je reprends ce blog un peu abandonne pour cause de depart de Mongolie. (La photo juste a gauche n'a aucun interet, c'est juste pour prouver aux eventuels sceptiques que je suis bien en Afrique et pas cache dans ma cave a Dijon).

Alors oui, ce blog s'appelle Guiguigogol, rien a voir avec le Kenya mais a vrai dire, j'ai de bonnes raisons : j'avais la flemme de creer un nouveau blog et j'ai pas trouve de titre accrocheur (J'en profite pour lancer un appel a contribution, si vous trouvez un jeu de mot rigolo, je suis preneur. Je peux mettre en jeu des cadeaux stupides du kenya, comme le T-shirt Obama que tout le monde porte ou une tenue masai avec des perles partout que vous aurez honte de sortir de votre placard et qui prendra donc la poussiere jusqu'a ce que vous le jetiez lors d'un demenagement).
Venons en a l'essentiel, je ne reprends pas ce blog pour vous conter mes errances informatiques ou mon manque d'inspiration mais pour vous raconter tous les chouettes trucs qui m'arrivent au Kenya, toutes mes petites histoires... (Soyons honnetes, il est assez tard, je ne raconterai pas tout d'un coup mais je commence).
Je suis donc arrive au Kenya debut avril pour ceux qui ne suivent pas du tout et je prends peu a peu mes marques dans cette douce et belle cite.
Nairobi est une ville tres agreable, avec des arbres, des fleurs et des routes goudronnees (il y a meme des immeubles modernes) et ou on peut marcher dans la rue sans probleme (on peut meme sortir la nuit). Il m'arrive meme de rencontrer des gens hors du cadre du travail et de sortir de la maison pour les voir et boire un verre avec eux. Apres N'Djamena, le changement est donc assez radical mais plutot plaisant. Je profite donc de cette ville pour reprendre une vie quelque peu normale (je vais au supermarche, au cinema, il y a l'electricite quasiment tout le temps sans avoir besoin de supporter le ronron du generateur...) sauf que bon, je suis toujours en Afrique, les gens sont globalement plus bronzes qu'a Paris, ils parlent swahili et il y a plein d'insectes assez gros et trop vilains pour etre inoffensifs. (Pour info, la photo ci-dessus est la vue depuis la fenetre de la guesthouse, sympa non?) (Je me dois egalement de preciser que je me suis fait avoir et que ma chambre donne de l'autre cote, j'ai donc vue sur le parking).

Mes debuts ici se sont donc bien passes, je travaille et vis dans le bureau/guesthouse d'ACTED a Nairobi, une charmante petite maison dans un quartier residentiel ennuyeux au possible mais tres joli. La journee, je partage donc cette maison avec tous mes petits collegues et le soir je regagne l'etage "guesthouse" avec mon collegue et colocataire, Nick, un australien assez bizarre mais assez agreable cependant.

Mon boulot, c'est globalement le meme qu'au Tchad, sauf que maintenant, c'est moi le chef. Je fais donc de la finance (vaguement), enfin pour etre plus precis, je m'occupe de tout ce qui touche de pres ou de loin aux sous de l'association, mais aussi un peu de la logistique, des Ressources humaines, de l'administration... Enfin de tous les trucs ennuyeux et necessitant de la paperasse pendant que mes petits collegues s'occuppent de mettre en place des programmes pour "venir en aide aux populations vulnerables" (comme on dit dans le jargon) au Kenya, mais egalement en Somalie (chouette) (Rassurez vous, pas de mission prevue a Mogadisho).
Le bureau kenyan d'ACTED est aussi un peu en quelque sorte un bureau regional mais pas totalement. (en fait je n'ai pas trop compris). Toujours est il qu'on assiste un peu les pays voisins pour des questions logistiques principalement (parce que de facon peu surprenante, il est par exemple plus aise d'acheter des ordinateurs a Nairobi qu'a Juba, village recule du Sud Soudan). Ce dernier paragraphe n'est pas du tout interessant mais je voulais juste dire qu'il y avait beaucoup de passage par Nairobi d'expatries travaillant au Soudan, en Ouganda ou en RDC et c'est plutot rigolo de rencontrer tout ce petit monde...

Sinon, que dire, j'ai profite de ce premier mois pour decouvrir un peu le Kenya (un petit peu). Je suis en effet parti pour un week end de 3 jours pres du lac Victoria avec Nick (mon coloc) et Barack (un collegue Kenyan, qui s'appelle vraiment Barack, comme Barack Obama, d'ailleurs il est de la meme tribu que Barack Obama et il en est tres fier). Je suis egalement parti une semaine dans l'East Pokot, une province a l'ouest du Kenya ou on a developpe des programmes (l'East Pokot etant une region relativement isolee, vous aurez du mal a la trouver sur une carte je pense, mais vous pouvez taper "Churo Pokot" sur Google maps et je crois que vous devriez tomber dessus). Mais je vous raconterai ces peripeties plus tard, parce que meme si j'habite au Kenya, je passe le plus clair de mon temps assis derriere un bureau et si je vous raconte tout d'un coup, j'aurais plus grand chose a raconter...
Je n'ai toujours pas fait de safari mais je devrais me rattrapper sous peu.

Voila, je ne sais trop que vous dire de plus. En y pensant, je n'ai absolument rien raconte mais ce post ayant avant tout une visee introductive, je ne peux me permettre de tout raconter en detail sans tomber dans l'ecueil du post tres lourd et tres long que personne ne lira.
Des bises, a bientot pour un nouveau post ou je raconterai quelque chose...

lundi 4 août 2008

Retour a Terelj

Bonjour a tous, me revoilà après un bon moment d’absence et de paresse, je vais essayer de vous relater mes dernières aventures. Une fois de plus, cet article sera beaucoup trop long, je m’en excuse, si vous ne voulez pas lire tout ca, ben ne lisez pas.

Zaza étant venue me voir pour quelques semaines, nous sommes partis pour le weekend profiter de la belle campagne mongole et se reposer d’UB et sa chaleur plus qu’étouffante.
Nous avons donc pris la route de Terelj (encore, le parc national à une soixantaine de kilomètres a l’est d’UB pour ceux qui ont oublie, ou qui n’en ont rien à faire) pour un weekend fort sympathique.

Samedi après-midi, nous retrouvons donc Laurence, stagiaire de l’ambassade et Azua, ma fidele comparse, pour faire quelques courses (de la viande, un camembert et moult bouteilles d’eau) et prendre le bus. Le plan : monter dans le bus et voir ce qui se passe, essayer de trouver un coin sympa et si possible, un endroit ou dormir dans ce coin sympa.

Apres s’être répétés pendant les 2h de trajets qu’on trouverait plus joli plus loin, on se retrouve bien obliges de descendre quand le bus atteint son terminus : Terelj, ou plutôt un point X au milieu du parc de Terelj. Nous nous retrouvons donc dans une charmante petite vallée entourée de forets, parsemée de yourtes et de petits troupeaux de moutons, chevaux et autres yacks et, différence majeure par rapport a ma dernière venue, tout est vert, les pluies du mois de juin ont fait leur travail.


On en arrive donc au deuxième point : trouver un lieu ou dormir. Première tentative, nous nous rendons dans un petit « hôtel » (3 yourtes autour d’un bâtiment en dur servant vraisemblablement de cuisine, toilettes et Cie). Nous leur expliquons que nous sommes 4, ils nous répondent qu’on peut avoir 3 lits pour 25,000 tugrugs. Appréciant la logique de la réponse, on s’en va. Nous nous arrêtons auprès d’une famille, les chiens gueulent, ils se prennent des mandales et on nous indique un petit camp de yourte un peu plus bas dans la vallée. Nous reprenons notre petite balade et tombons effectivement sur un petit camp : cinq yourtes au pied d’un bosquet, des enfants qui jouent, des femmes qui s’activent pendant que les hommes sont assis, en train de jouer, chanter et de boire de l’airag. On s’installe.

Tout de suite, les hommes du camp nous invitent à boire de l’airag avec eux. Pour information, l’airag, c’est le fameux lait de jument fermente dont les mongols s’envoient des litres et des litres tous les jours. Donc nous commençons a discuter, a nous présenter en se faisant passer le bol d’airag (ils ne se gênent d’ailleurs pas pour se foutre de notre gueule puisqu’alors qu’ils se descendent le bol de coup, on peine a en avaler plus de 3 gorgées), on discute, ils enchainent les blagues (il faut savoir que le mongol aime la blague, par exemple, nous aurons appris ce weekend que notre voisin s’appelait Zinedine Zidane, que Nicolas Sarkozy était un de ses grands amis, qu’il l’avait au téléphone tous les 2-3 jours et que lui aussi, sortait avec Carla...), en gros, on rigole bien, mais il est bientôt 20h et on part faire un tour au « village » s’acheter quelques bières pour l’apéro.
Le village est mignonet, des cabanes, des yourtes posées sans aucune logique un peu partout autour de LA route, des gens qui se baladent a cheval ou en Hummer, un authentique petit village mongol. Ca ne vaut pas le coup.

A peine avions nous débuté notre apéritif que nos voisins débarquent et nous invitent à manger chez eux. Au menu : Horog (orthographe approximative), du mouton cuit avec des pierres chaudes au préalablement chauffées dans le feu. Le plat n’est pas extraordinaire par lui-même (du mouton et du gras de mouton, comme tout bon plat mongol), mais tout le folklore autour de celui ci est assez drôle. Avant de passe a table, chacun des convives se voit remettre une des pierres qu’il faut tourner dans ses mains (sinon, plus de main, rapport au fait que la pierre est très chaude) et c’est sensé être bon pour le cœur, pour les reins si tu poses la pierre sur ton dos, pour le cerveau si tu poses la pierre sur tes temps... A part des brulures partout, je ne suis pas sur que cela aie un quelconque effet, mais c’était sympa a voir...

Une fois le repas avale, nos hôtes dégainent leurs armes : le bidon d’airag et les bouteilles de vodka. Les tasses tournent, chacun doit chanter une chanson en s’enfilant un bol d’airag chacun son tour et pendant ce temps la, des verres de vodka tournent dans toutes les directions, il fait de plus en plus chaud, ca chante de plus en plus faux, nos hôtes font de plus en plus de blagues, je tente de parler mongol sans succès, on fatigue, l’orage éclate, on a la pétoche, on finit par aller se coucher et on a passe une chouette soirée.

Dimanche, 8h30 (argh ! J’ai oublie de couper mon réveil !), nous voila debout. Apres un bon petit déjeuner, dissipé un peu notre mal de tète, on s’aventure hors de la yourte pour une petite promenade matinale dans la foret, histoire de se réveiller un peu. Et la, surprise ! A 9h, nos amicaux voisins sont déjà dehors, a la même place qu’hier, en train de jouer aux cartes et de s’enfiler des shots de vodka. « C’est bon pour démarrer la journée du bon pied ». Et on ne peut pas refuser (foutue culture mongole). On trempe donc nos lèvres et on se tire, avant que la situation ne dégénère.

Nous partons donc découvrir le petit foret qui se dresse à cote de notre camp. Sur le chemin, nous traversons une petite « rivière » (une bande de steppe un peu plus boueuse que le reste), découvrons que les steppes sont couvertes d’Edelweiss (si les suisses savaient qu’ici, c’est les moutons qui bouffent les Edelweiss...), que les forets mongoles regorgent de fraises des bois qui n’ont pas l’air mures mais qui sont bonnes quand même, que fort heureusement, un nid d’abeilles fait beaucoup de bruit et enfin que quand Azaa décide de s’arrêter faire une couronne de fleur, on ne l’arrête pas même si ca lui prend des heures.

Creuse par cette balade, nous rentrons joyeusement sous la yourte pour un petit barbecue dont Azaa a le secret. C’est drôlement bon, c’est bien gras, c’est bien cuit, on se gave de moutarde que Zaza a eu la bonne idée de ramener. Si bien qu’après avoir à peine mangé la moitie de la viande, nous sommes repus.
Heureusement, nos petits camarades ne tardent pas à nous rejoindre dans la yourte (avec leur fidele bouteille de vodka) (nouveau refus poli) et se descendent allégrement les restes de notre barbecue (et leur bouteille de vodka). Et ca repart en chansons, en blagues, ils draguent Zaza, Azaa et Laurence, un autre veut me faire rencontrer sa fille pour que je lui fasse une dizaine d’enfants, on rigole, on rigole et heureusement, au bout d’un moment, terrasses par la vodka, nos hôtes quittent la yourte pour une petite sieste.

Apres une courte sieste, Alors qu’on se prépare à repartir en promenade, c’est le drame. J’ai perdu les clés de mon appartement, Laurence a perdu ses clés et son portable. On retourne la yourte, fouille le campement, on ne retrouve rien, on décide finalement qu’on s’en fout et on part faire une petite balade a cheval. Petite, vraiment petite même, car nos chevaux ont décidé d’être tous fatigués aujourd’hui et malgré nos efforts, pas moyen de les faire trotter plus de 4 secondes. Qu’a cela ne tienne, on fait un rapide petit tour de la vallee, dans les fleurs, dans le village... et puis bon, voila l’heure de rentrer.

Un peu frustrant cette demie balade, mais on ne se laisse pas démonter. Laurence dégaine de son sac le clou du week end : le camembert. Apres un petit tour dans le poêle, le camembert est tout chaud, tout mou et tout grille (un peu brule même), et nous devenons fous. Azaa est d’ailleurs un peu perplexe devant ce spectacle un peu inhabituel : 3 personnes devenues sauvages devant un fromage fondu… (Fromage qu’elle semble en plus trouver peu apetissant).



Après cet instant gastronomique, on se rend compte qu’il nous reste quand même bien 2h à tuer avant de reprendre le bus. On envisage sans grande conviction de faire la sieste, jouer aux cartes, quand soudain, les enfants du camp, qui jusqu’à maintenant s’étaient tenus bien à l’écart, passent la tête par la porte de notre yourte. On commence à les prendre en photo, ils veulent jouer avec l’appareil photo (2 ou 3 instants d’angoisse) et d’un coup, mon nouveau petit camarade (celui de droite sur la photo) devient fou et commence à se lancer dans une diatribe sur son cheval, je ne comprends rien de ce qu’il raconte mais il parle de son cheval, il veut prendre des photos de son cheval, jette des fleurs sur son cheval, crache sur son cheval (drole d’habitude)… (Pendant ce temps, les autres enfants m’expliquent calmement qu’en fait ce n’est pas son cheval.)

Puis les enfants entreprennent de m’apprendre le mongol. Nous voila partis pour une promenade autour du camp, et les trois gamins, tout excites, voire hysteriques, me hurlent le nom de tout ce qu’ils croisent (une fleur jaune ! une montagne ! de l’herbe ! un bebe chevre !...) Evidemment, ils parlent tous en meme temps, je ne comprends rien, mais ils changent vite de jeu quand ils revoient passer le bebe chevre. Scene epique de course poursuite dans la steppe : les gamins courent apres le-dit bebe chevre en hurlant, en ramassant des fleurs pour la chevre et en me trainant par le bras (mon petit camarade continue a vouloir cracher sur le bebe chevre) tandis que le proprietaire du chevreau, visiblement apeure par la troupe de gamins sauvages fuit aussi vite qu’il peut...
Finalement, n’ayant pas reussi a rattrapper l’enimal, nous finirons l’apres midi par une bataille de pissenlit et voila l’heure de partir. Un des voisins me rapporte mes cles que j’avais perdu dans leur yourte (pour lapetite histoire, je les reperdrai le lendemain en allant au bureau), on reprend le bus, fatigues mais ravi de ce petit weekend...

mardi 24 juin 2008

De l'absurdite de prevoir ses vacances à l'avance

Depuis moult semaines, nous avions planifiés un petit weekend des plus sympathiques. Le programme : prendre un bus pour aller a Zunmod, une petite ville pas très loin d’UB, visiter un temple à quelques kilomètre de la ville et rentrer à pied.
Planifier ses voyages à l’avance présente un avantage majeur : celui de pouvoir tout organiser. Malheureusement, nous avons quelques peu oublié ce détail et nous sommes rendus compte en partant que tous les guides conseillaient cette randonnée aux randonneurs confirmés ou accompagnés d’un guide. En revanche, le désagrément associé est le fait qu’on ne peut que difficilement prévoir la météo, ce qui peut être un souci, surtout en Mongolie au printemps quand on n’a pas d’imperméable et qu’on ne s’est pas vraiment soucié de préparer son trip en avance.

Ma foi, samedi matin arrive, mon réveil sonne à 8h. Problème : j'ai oublié de changer mon réveil et j’ai rendez vous environ maintenant. Je saute sous la douche, plus d’eau chaude, je lutte mais me lave. Je vais me préparer un café, pas d’électricité, je mande deux bouts de pain et pars de chez moi. Je me rends dans un magasin pour acheter du pain (je suis responsable pain pour le weekend) : premier magasin fermé, le second magasin n’a plus de pain, je trouve enfin du pain dans un troisième magasin. 8h20, j’appelle Berengère pour la prévenir que je serai un peu en retard au cas où elle ne l’aurait pas remarqué, elle me dit que le rendez vous est en fait à 9h30, je suis dégouté, je retourne me coucher.
Finalement, après m’être recouché une petite heure, j’arrive au rendez vous, avec 8kg de pain, un pull et une paire de chaussette dans mon sac à dos.

Nous voilâmes donc partis. Dire que nous n’avions rien préparé est en fait exagéré. Nous savions que nous devions prendre un bus à la gare routière en face du Dragon Center, à environ 7 ou 8 km du centre-ville. Détail fâcheux, nous ne savons pas où celle-ci se trouve. Après moult tentatives de discussions, nous trouvons un taxi qui nous emmène à cette gare. Arrivés là bas, il n’y a pas de bus, on nous a menti, les bus pour Zunmod partent d’une autre gare routière juste à côté de chez nous et de toute façon, ils partent vers 8h. On ne se laisse pas démonter, nous reprenons un autre taxi, passons quelques 20 bonnes minutes dans les embouteillages (un tramway a eu la bonne idée de perdre un câble au milieu de la route), arrivons à la seconde gare routière et, la chance semble tourner, trouvons un van pour Zunmod. Après une petite heure de bus, il est midi quand on arrive enfin à Zunmod, ce fut dur mais on l’a fait.

Zuunmod est la capitale de l'aimag de Tov (aimag central en mongol, la region qui entoure UB). C'est une petite ville charmante (il n’y a rien) mais très animée. Ici comme ailleurs, la campagne électorale bat son plein. Tous les QG des candidats, en général à côté les uns des autres, passent de la musique à fond, en général des musiques différentes, créant ainsi une cacophonie assez cocasse. Nous tournons un peu et trouvons enfin la route pour le monastère. La route est charmante : des steppes, des troupeaux çà et là, de chevaux, de moutons, des ovoo un peu partout (je ne sais pas si je vous ai raconté, les ovoo sont des sortes de petits tas de pierres sacrés). Après deux heures de marches, nous atteignons enfin le parc national de Manzushir, il n’a toujours pas plus, nous pique niquons pour fêter ca et parce qu’on commence à avoir faim.

Requinqués, nous reprenons la route, le soleil pointe son nez, nous commençons à penser que la chance nous sourit et arrivons au fameux monastère de Manzushir. Le cadre est magnifique. Niché au cœur d’une vallée, le monastère est, comme tous les monastères quasiment, flambant neuf, plein de couleurs car tout neuf. Tout autour de ce monastère, les ruines de l’ancien temple, détruit par les soviétiques en 1937 et de toute la ville qui s’était construite autour.

Après une brève visite du temple et du musée du parc (splendide sélection d’art local en matériau de récupération et d’animaux empaillés), nous partons pour notre ascension du sommet. On ne sait globalement pas où on va (à part qu’Oulan Bator est au nord), il commence à pleuvoir, ca monte sévèrement, mais l’ascension se fait dans la bonne humeur.
Après une ascension dans la forêt, la traversé d’un plateau fort charmant plein de fleurs (c’est rare ici), un petit bout d’escalade, nous arrivons au sommet.

La montagne en question s'appelle Tsetsegun Uul (montagne fleurie, 2256m), l'une des 4 montagnes sacrées pour les mongols, est entourée de roches magnifiques et couvertes de khadegs et autres drapeaux de prières et offre une vue imprenable sur la ville. Malheureusement, la pluie tombe maintenant sérieusement, le vent s’est levé ainsi que la brune. On ne voit pas à 5m devant nous, donc on ne voit pas vraiment la ville, à une quinzaine de km… Décevant, mais c’est joli quand même et on a un peu l’impression d’être dans la forêt maudite et que le cavalier sans tête va surgir d’un instant à l’autre. On rêvasse un peu, puis on revient à la réalité : il fait nuit dans moins de 2h, il pleut, on est trempés, on n’a pas la moindre idée de où on doit aller, quand bien même on le saurait, on ne voit rien, et il faut qu’on descende planter la tente. On se prend un coup de panique, commençons à descendre d’un bon pas et, au bout d’une petite heure, trouvons l’endroit propice au milieu de la forêt. Nous plantons nos tentes et trouvons là un repos mérité au terme d’une bien bonne soirée : festin de rois (pâté, pain et pommes), enlevage de chaussette trempés, franche rigolade et dodo dans duvet mouillé.

Le Lendemain, 8h, on se réveille, prêts a lutter contre l’adversité. Un petit déjeuner un peu sommaire (2 tranches de pain) et une seance repliage de tente sous la pluie plus tard, nous repartons. La brume s’est un peu levée mais on ne sait toujours pas oú on va et il pleut maintenant comme vache qui pisse. Cela dit, on n’a pas trop le choix, il faut bien rentrer.
On continue donc de descendre la montagne, en direction du nord (à peu près). Je profite de la photo pour vous introduire mes petits camarades de promenades, dans l’ordre : Claire, stagiaire dans une agence de voyage dont je vous ai déja parlé, Lucie, stagiaire à l’ambassade, Marie-Laetitia, qui vit normalement à Tchoibalsan, tout à l’est mais qui est venue une semaine à UB, Vincent, Laurence, Bérengère et Gregoire, tous les 4 stagiaires à l’ambassade aussi.

Durant toute la descente, c’est une succession de forêts, de mers de rochers, d’herbes hautes, de steppes, ... C’est vraiment beau. Malheureusement, par l’action combinée de la pluie, de l’absence d’imperméables pour bon nombre d’entre nous, du sol accidenté et de plus en plus glissant, il devient de plus en plus dur d’en profiter : Lucie ne sent plus ses pieds, Claire a peur que sa blessure à la jambe se réouvre, je commence à fatiguer serieusement. Heureusement, une ambiance de franche camaraderie nous aide à tenir le coup, à base de chansons paillardes de nos différentes écoles.

Il est midi quand nous apercevons Oulan Bator. Le moral revient, on va peut être survivre, avec un énorme pneumonie soit, mais nous allons survivre. Quoique. Premier désagrément, nous réalisons que nous n’avons pas descendu la bonne vallée et que nous nous trouvons à l’extrême est d’UB, mais ce n’est pas grave. Deuxième désagrément, au sud d’Oulan-Bator coule une rivière, la Tuul, et aussi loin que nos yeux peuvent voir, il n’y a qu’un pont : un pont de chemin de fer. Pour un moment, nous envisageons, pas rassurés, de traverser ce pont jusqu’à ca qu’un train arrive, nous file une petite pétoche et nous convainque, mouillé pour mouillé, de traverser la rivière à pied.

C’est donc trempés, sales et bien fatigués que nous atteignons enfin une route et là, alors que nous pensions qu’aucun taxi n’accepterait de nous prendre dans cet état, un van s’arrête (Merci Bouddha) et nous ramène tous au centre d’Oulan-Bator.


Bilan : le dos en vrac, je ne peux plus trop bouger les jambes, je n’ai jamais pris une douche aussi plaisante mais on a vraiment passé un super weekend.

Une fois de plus, mon post est beaucoup trop long, j’espère que vous êtes toujours là...
Bises